La petite chapelle Saint-Michel et le « Bataillon perdu »

DSCN9266La petite chapelle Saint-Michel et le « Bataillon perdu »

Évidemment, lorsqu’on pense à la Bataille de Normandie, ce sont tout de suite les célèbres plages du débarquement qui nous font écho. On oublie bien souvent, qu’après les assauts courageux des alliés sur nos côtes, de longs et laborieux combats ont fait rage dans les terres, au cœur du bocage. On ignore souvent les faits d’armes qui se sont joués dans le Sud-Manche. Si l’armée allemande a échoué en Normandie, c’est entre autre parce que sa contre-offensive à Mortain a raté. Mortain… Si je vous dis Mortain, vous allez me répondre les cascades ! Magnifique non ? Mais où eurent lieu les combats de 1944 ? Le savez-vous ? On m’a parlé de la petite chapelle… Je vous emmène ?

En traversant le village de Mortain, j’arrive au pied d’une colline : la colline de la Montjoie, qu’on appelle aussi dans le jargon D-Day la Cote 314. C’est le point culminant de Mortain et c’est tout en haut que se trouve la jolie chapelle.  Pour y accéder, il faut gravir la colline en voiture, se stationner sur un parking dédié et emprunter une allée majestueuse, bordée d’arbres. C’est très étonnant : l’endroit est vraiment bucolique, paisible, éloigné de tout. Ici pas un bruit. Juste le chant des oiseaux dans les arbres pour vous accompagner. L’endroit transmet une sérénité indéniable. J’imagine que les pèlerins qui affluaient ici au Moyen-Âge ressentaient la même chose que moi. On raconte qu’en arrivant à la chapelle, leur joie d’apercevoir le Mont Saint-Michel, baptisa la colline : Montjoie. La chapelle est là, au bout de l’allée. Elle est postée sur un éperon rocheux et elle est ornée d’un vitrail arborant l’insigne d’Eisenhower. Je le reconnais tout de suite. Vous savez, l’emblème du SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force), la fameuse épée lumineuse du QG des forces alliées… Je contourne l’église, m’aventure dans les rochers avant d’atteindre la table d’orientation culminant à 314 mètres. Le point de vue est incroyable : le rocher du Mont au loin, les portes de la Bretagne, le Mortainais et le Parc Régional Normandie Maine. Je profite de ce panorama saisissant et j’ai du mal à croire que dans ce cadre aussi paisible, d’intenses combats ont eu lieu en 1944. Pour comprendre la progression des Américains jusqu’à Avranches, je dégaine alors mon guide : Le Routard « Le Débarquement et la bataille de Normandie », spécialement édité à l’occasion du 70e Anniversaire du débarquement.  Après l’opération Cobra, je découvre alors que les Allemands ont riposté en contre-attaquant ici-même à Mortain, dans le but de couper l’approvisionnement des troupes de Patton arrivées en baie du Mont Saint-Michel. Quatre divisions blindées ont alors pris Mortain le 7 août tandis que la ville avait été récupérée 4 jours avant par les alliés. Les chasseurs bombardiers alliés mirent un terme aux espoirs d’Hitler mais il fallut plusieurs jours aux Américains pour reconquérir le terrain perdu…
PicMonkey Collage
Je décide de quitter la chapelle lorsque je tombe alors sur un mémorial rendant hommage au « bataillon perdu ».  Intriguée par ce nom, je m’approche d’un panneau explicatif, curieuse de découvrir l’histoire de ce bataillon. Il s’agit de 950 hommes du 2e bataillon du 120e régiment d’infanterie (de la 30e division d’infanterie américaine)  qui sont restés encerclés sur la colline et qui ont été assailli plusieurs fois par une division SS. Ce « bataillon perdu » est parvenu à tenir la colline pendant 7 jours, là, près de la petite chapelle. Seuls 376 d’entre eux ont survécu, grâce au secours de la 35e division d’infanterie « Santa Fe », division qui perdit aussi beaucoup d’hommes dans les combats. Seules traces de ce fait d’armes, l’ancien poste d’observation américain qu’on peut trouver en crapahutant dans un petit sous-bois et des foxholes. Ici cachés dans des trous, Allemands et Alliés ont cohabité à leur insu, les uns à côtés des autres. On dit qu’un Américain, le lieutenant Barts, en estdevenu fou. Il dirigeait depuis son trou, par radio, les tirailleurs postés en face en contre-bas de la cote 285…

La suite vous la connaissez peut-être. Les Allemands embourbés à Mortain, ont pourtant résisté à Caen. Patton décida de prendre l’ennemi au piège dans une poche formée autour de Falaise. 80 000 Allemands furent encerclés le 17 août à Chambois, grâce à plusieurs actions combinées. Le 18 août, les troupes polonaises prirent position à Mont-Ormel et le lendemain elles firent la jonction avec les Américains à Chambois, enfermant l’ennemi dans cette poche…

Oui, la petite chapelle Saint-Michel raconte tout ça…

Claire

Sources : Le Routard « Le Débarquement et la bataille de Normandie » 2014 et Christophe Gosselin, guide interprète en Normandie
©Office de tourisme de Mortain

1 commentaire

  1. PETIT-Levieils a dit:

    Je suis tellement loin «  »Toulon «  »mais grandement intéressé par tout ces souvenirs expliqués ici.J’ai 80 ans maintenant, mais j’ai eu connaissance de la guerre sans en savoir les détails a cette époque, car trop jeune.Alors je lis ces morceaux de la vie de ces soldats venu de toutes part.Merci

    • Claire a dit:

      Bonjour et merci beaucoup pour votre commentaire. La Manche a en effet hérité de nombreux fragments de vie suite au débarquement. Les découvrir est chose passionnante en effet… Merci encore. Claire

  2. Beaucoup de sang versé en Manche durant cette année 1944 ,cela pour chasser l’occupant nazi…Malheureusement ,70 ans après des guerres font leurs malheurs à Gaza,en Syrie,en Ukraine,en Irak…Un Monde sans arme ni guerre reste à inventer…

  3. Pingback: AIGLE HURLANT DIT: NORMANDIE 2014 | D-DAY BATAILLE DE NORMANDIE PAR AIGLE HURLANT

  4. jacquemin a dit:

    terrible!!!!!!!!!!!!!!!!!!!passionné de la 2éme guerre,je vais me rendre dans le secteur pour « voir » !!!cet incroyable des gents venus d ailleurs !et qui sont mort dans un pays qui n était pas le leur;il faut le faire,la quesstion ;demain ,qui va nous sauver ou nous aider de l invasion islamiste??? j ai 67 ans et J AI PEUR

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